Coronavirus : la Martinique au Temps de la Covid-19

Tranches de la vie quotidienne à Bellefontaine :
un marché aux poissons

Communes de Martinique

Le mal est là. Il est arrivé. Il est passé de nos écrans de télé, d’ordinateurs et de smartphones à notre réalité. Il s’appelle Covid-19. Dans tous les esprits, sur toutes les lèvres, dans tous les échanges et dans combien de corps ?

Comment la vie s'organise avec la covid-19

Après la sidération de l’annonce du confinement, les nouvelles habitudes s’installent tant bien que mal, on s’adapte, on essaie d’appliquer les consignes. Les quelques sorties qu’autorise le “Restez chez vous” ou “Rété bô kay zot” prennent des allures de petites équipées ou d’escapades en clandestin. Et les questions qui trottent dans les têtes : on en fait trop ou pas assez, pas assez bien ?

Gants, masque, gel hydroalcoolique, attestation de déplacement dérogatoire, distance sociale : voici le nouvel attirail recommandé pour une sortie à l’air libre.

Martinique, Bellefontaine : femme marchant dans la rue principale

Achats de première nécessité

“Effectuer des achats de première nécessité”, c’est la case à cocher pour l’attestation qui fera office de laisser-passer en cas de contrôle. Avant on allait tout simplement faire les courses, mais ça, c’était avant.

Pour ma mère et moi, la mission du jour : acheter du poisson frais.

Les points de vente sont réduits. On se tient informé des spots de vente par la radio ou sur l’appli “Pwason Matinik” lancée par le Comité Régional des Pêches qui renseigne sur les arrivées de poissons, le lieu, le jour et l’heure de la vente. Il y a aussi les messages à la radio qui vous disent quand et où se ravitailler. Ce matin, c’est décidé, nous allons à Bellefontaine.

Il faut partir tôt surtout si on veut du poisson rouge (vivaneau, couronné, watalibi, sarde, marian, souris, carpe…) sinon ce sera du thon, des balaous, du requin, de la bécune ou du marlin… On recommande d’être sur place à 7h, mais dans certains spots, des personnes font le pied de grue dès 5h30. Est-il nécessaire de l’écrire ? Ici en Martinique, le poisson est une denrée essentielle.

balaous fishes
Balaous
Martinique : la file d'attente du marché aux poissons à Bellefontaine

A 7h30 nous prenons place dans une file d’attente qui s’étire le long de la route comme une procession immobile et silencieuse. Le soleil tape déjà sur les nuques. On se parle peu, car pour suivre la règle, on vient seul, rarement à deux comme ma mère et moi, et puis il faut garder cette distance de plus d’un mètre. On applique les consignes de précautions comme on peut : gants, masques divers, écharpes, gel hydroalcoolique en poche ou dans la voiture… Certains ont tout l’arsenal, pour d’autres, l’équipement se résume à la distance réglementaire.

Martinique : la file d'attente du marché aux poissons à Bellefontaine

Le petit port de pêche de Bellefontaine

Comme toutes les communes côtières, Bellefontaine a son petit port de pêche. Oh pas grand-chose : un ponton, quelques canots traditionnels à moteur et un petit bateau comme on en voit dans les ports de Bretagne, mieux équipé que les autres pour la pêche au loin. Sous un petit kiosque, les pêcheurs gantés et masqués débitent le thon en tranches et disposent les poissons rouges.

Martinique : le marché aux poissons de Bellefontaine

Le petit port bellifontain a rarement attiré autant de monde. Des habitants mi-curieux mi-intrigués s’arrêtent quelques instants pour observer cette fréquentation inhabituelle qui apporte une petite distraction. Puis ils reprennent le cours de leur vie le long de la route bordée de petites maisons créoles qui agonisent.

Martinique, Bellefontaine : maisons créoles
Vieille maison créole à Bellefontaine

Aller travailler pendant le confinement, il le faut bien

La Martinique s’est vidée de ses touristes, et avec mon Canon Eos R fidèle compagnon en bandoulière, je détonne. Si je considère mon appareil photo comme un prolongement naturel de ma personne, il suscite des regards circonspects : a-t-on idée de prendre des photos en cette période trouble ?

Une jeune femme m’interpelle tout sourire de l’autre côté de la route :

“Vous êtes photographe ?” Je lui réponds que oui, enfin presque. Elle a avec elle sa petite fille, un petit bout de gamine de 2 ans à peine, les cheveux impeccablement nattés. Elle me demande si je veux bien les prendre en photo toutes les deux, et je m’exécute, toujours de l’autre côté de la rue. Elle attend qu’une des rares voitures qui circulent veuille bien lui “donner passage”. 

Martinique, Bellefontaine : une mère et sa petite fille

Il n’y a plus de transports en commun depuis quelques jours : ni bus, ni bateau. Est-ce bien raisonnable avec ce confinement ? Elle répond : “Je n’ai pas le choix, il faut que je travaille. J’ai du courage”. Pour vivre, elle doit se mettre en risque et mettre en risque.

Sa normalité enjouée détonne dans cet environnement de gens graves et silencieux, où les échanges se limitent à quelques hochements de tête polis. On n’ose plus sourire, comme si trop de convivialité portait un risque de contagion. Pour faire vite, je lui ai donné ma carte afin qu’elle récupère sa photo, mais je n’ai pas eu de nouvelles depuis. Alors, si vous la connaissez, dites-lui que j’aimerais la lui envoyer, que j’espère qu’elle va bien et qu’elle continuera à aller bien.

Martinique, Bellefontaine : une mère et sa petite fille

Cet article c’est un peu pour elle et ceux pour qui le confinement est un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre. En cette période où l’activité se fige, ici comme partout ailleurs, nous ouvrons les yeux sur ces “petits métiers” qui se maintiennent et nous maintiennent, avec ou sans protection.

Au regard de ça, notre file d’attente de 2 heures, pétris d’incertitudes à l’abri derrière nos gants, nos masques improvisés ou non, et notre gel hydroalcoolique, ça n’est pas bien contraignant.

Martinique, Bellefontaine : rue principale

A propos de Bellefontaine

Située au nord-ouest sur la côte sous le vent, Bellefontaine n’a pas un grand intérêt touristique. Il n’empêche qu’elle peut se prévaloir de quelques superlatifs : avec 12 km2 à peine, créée en 1950, c’est la commune la plus petite et la plus récente de la Martinique. Ce petit bout de village de pêcheurs abrite aussi la plus grosse centrale électrique de l’île qui alimente près des 2/3 des besoins.

Martinique : l'église de Bellefontaine
L'église de Bellefontaine

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